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Pont Veil : « Une absence de rigueur coupable »

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Source: www.sudouest.fr

Gaëlle Richard

g.richard@sudouest.fr

Etienne Parin est à la retraite mais garde un œil sur les décisions bordelaises. Urbaniste, ancien directeur du Grand Projet de Ville (GPV) Rive droite, il observe le développement de l’agglomération bordelaise d’un œil averti depuis 1978. De sensibilité de gauche, son avis pèse cependant au-delà des démarcations politiques. Le retard de la construction du pont Simone-Veil le pousse à sortir du silence.

« Sud Ouest » Quelle est la genèse de ce pont ?

Étienne Parin C’est une vieille histoire ! Le point de départ a été le constat que le cercle autoroutier (la rocade et le pont Mitterrand), déjà trop long à avoir été mis en place, sert non seulement pour le transit de l’axe national ou international nord-sud mais aussi pour les locaux qui contournent Bordeaux. Donc, logiquement, ça bouchonne. Et pas qu’un peu !

En conséquence, il fallait créer un autre cercle, intérieur celui-là, destiné à l’intra-local, pour relier la rive gauche et la rive droite. Cela impliquait de construire deux nouveaux ponts. Le premier était Jacques-Chaban-Delmas. Pont sans le tramway pourtant prévu, pont dont le débouché n’a pas été organisé, mais pont quand même ! Pour le deuxième, on ne pouvait pas utiliser le pont Saint-Jean, trop en centre-ville. On savait qu’il existait deux faisceaux ferrés désaffectés : la voie Bordeaux-Eymet et celle de Brazzaville. L’idée était de se servir de cette base pour développer un système de circulation cohérent. L’opération d’intérêt national (OIN) Bordeaux Euratlantique a été lancée il y a dix ans. L’objectif consistait à restructurer la métropole avec un traitement équitable des deux rives, en prenant la Garonne comme liant.

Les transports étaient-ils prévus sur la plaine rive droite ?

Bien sûr. Tout était bouclé. Un protocole entre la métropole, les villes de Bordeaux, Bègles et Floirac prévoyait trois lignes de transport en commun sur cette plaine pour rejoindre La Bastide. Nous avions réalisé une étude de deux ans et établi un planning où tout se tenait, tout devait voir le jour entre 2015 et 2020 pour permettre à la rive droite de passer sereinement de 15 000 habitants à 40 000, en prévoyant certes le logement mais aussi les transports et le développement économique inhérent, pour éviter l’écueil de la cité-dortoir. L’échangeur 22 de la rocade, de Latresne-Floirac, devait devenir l’entrée sud de la métropole et Bègles devenir une voie verte de desserte urbaine.

Que s’est-il passé ?

En 2014, les priorités politiques ont changé. Il a été décidé plutôt d’amener le tramway à Blanquefort et Saint-Médard-en-Jalles pour coller aux promesses de campagne d’Alain Juppé. On est dans un système de transports que l’on va payer cher. Bordeaux est reconnu pour s’être métamorphosée mais on est en train de perdre cette image positive à cause de la circulation calamiteuse.

Quelles sont les conséquences pour la plaine rive droite et Euratlanique selon vous ?

La clinique du Tondu, l’Arena, les entreprises de la zone d’activité des Quais, les promoteurs des nouvelles résidences… On a vendu à tous ces gens un pont à leurs pieds. Avec ce retard, on ne le verra pas avant 2025. Sans ce pont, tout l’édifice s’écroule : la « zone grise » du bas Floirac restera sans service, l’opération Euratlantique devra se contenter de boucles locales de bus, l’Aréna d’une desserte au rabais, et la nouvelle entrée sud de Bordeaux qui devait libérer les quais de Bègles passera à la trappe.

Qu’est-ce qui vous met le plus en colère ?

C’est un gâchis énorme. On a affaire à une absence de rigueur coupable, tous les maires sont mécontents. À un moment donné, il y a quelqu’un qui n’a pas fait le job. Après avoir été enviés par la France entière pour nos réussites, allons-nous devenir la risée des Français pour notre incapacité à réaliser un pont entre deux rives de la Garonne ?

« On est dans un système de transports que l’on va payer cher. »

Source: www.sudouest.fr